December 11, 2018

Jeux Vidéo Olympiques, trop immatures

Jeux Vidéo Olympiques, trop immatures

L'esport est trop immature. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est le comité olympique qui a statué ainsi sur la présence ou non des jeux vidéo lors de prochains JO.

Avant toute chose, qu'est-ce que c'est l'esport ? C'est pour moi la pratique de jeux vidéo pendant une compétition avec un public. J'y oppose les sports que j'appellerai "physique", non pas à cause des performances, impressionnantes dans les deux catégories, mais parce que l'un est immatériel et l'autre dans le monde physique et donc matériel.

En l'état, les compétitions numériques se reposent sur une liste de jeux populaires du moment, celle-ci varie en fonction de la mode, de développeur·euses et d'entreprises éditrices. Si les organisateurices de compétitions peuvent trancher comme ielles l'entendent sur un jeu vidéo sans grandes conséquences il n'en va pas de même pour le Comité Olympique basé à Lausanne: choisir entre "Heroes Of The Storm" et "League Of Legends" reviendrait à favoriser "Vivendi" ou "Tencent". De plus ce comité reproche aux jeux compétitifs actuels d'être axé uniquement sur la violence, ce qui est vrai, quels sont les jeux compétitifs populaires du moment où il n'est pas question de tuer numériquement des personnages ? Il y a certes Puyo Puyo eSports (ぷよぷよeスポーツ) ou Crazyracing Kartrider (크레이지레이싱 카트라이더) mais je doute que vous puissiez en retrouver beaucoup d'autres sans que cela ne singent des sports physique déjà existant.

Outre la violence reprochée, car boxe, judo et escrime sont présent aux JO, quel serait la recette pour avoir le jeu numérique olympique idéal ? Regardons déjà les ingrédients sommaire d'une petite compétition de foot. Deux équipes composées au minimum de un·e joueur·euse, suivant les règles, un terrain, un ballon et deux buts. À partir de là, les organisateurices sont libres, le football n'appartient à personnes, il est possible d'organiser le tout comme bon les en enchante, tout comme les règles modifiables à souhait. La FIFA ne viendra pas chercher des noises aux participant·e·s qui filmeraient la rencontre, pareil si le terrain a deux cages sphériques et un ballon carré, seule le respect de la loi est obligatoire; dans le cadre d'une association donnant accès à du matériel, une assurance et une cottisation peuvent être nécessaire.

Maintenant, ça se complique avec le numérique, si la licence du jeu peut être considéré comme des frais de matériel il faut se rendre bien compte qu'à tout moment les développeur·euses peuvent changer les conditions d'utilisations du logiciel, imaginez un peu que vos baskets vous annoncent du jour au lendemain qu'elle ne vous permettent plus de courir dans l'herbe le mardi matin. Ensuite, les règles du jeu sont définies uniquement par ces mêmes développeur·euses, retransmettre une partie peut s'avérer être un casse-tête également: Il faut avoir une autorisation pour diffuser les images d'un jeu, Nintendo a par exemple récemment adouci sa politique, mais il y a encore peu il n'était pas possible de monétiser ses vidéos; aujourd'hui des règles strictes ont étés soumises et le grand N se réserve le droit de retirer des vidéo qui serait jugé non conformes pour l'image de la marque.

La FIFA a ses propres règles pour le football, des mises à jours sont apportées à l'arbitrage comme par exemple l'introduction des caméras dans certains cas, mais tout le monde n'est pas obligé d'utiliser des caméras pour ses compétitions: pour les jeux en ligne, les joueur·euses sont obligés d'utiliser la dernière version (sans quoi impossibles pour elleux de se rejoindre).

Le numérique apporte donc beaucoup de contraintes aux joueur·eusess et spectateurices, comment faire en sorte qu'un Jeu Vidéo puisse être plus mature et officiel pour les Jeux Olympiques ? Explorons quelques pistes possibles.

Une version Olympique. Une version d'un jeu respectant des normes dictées par le comité qui serait officielle pour les compétitions et à laquelle aucune mise à jour ne serait possible d'apporter au sujet du «Gameplay». Cela pose une question de neutralité: Quel MOBA choisir lors d'une compétition par exemple ? Celui de Blizzard ? de Valve ? Ou encore celui de Riot ? Par soucis de neutralité donc une autre option est envisageable: la conception d'un jeu supervisé par le comité.

Un jeu officiel olympique basé sur une discipline (Arêne, Stratégie, Tir à la première personne, sportif, ...) avec des concepteurices et programmeur·euses de différentes entreprises ayant l'expertise nécessaire permettant ainsi d'avoir une certaine neutralité, sans favoritisme et le comité olympique resterait ainsi maître des règles au sein de leurs jeux vidéo. Ce modèle n'est d'ailleurs pas incompatible avec le fait de faire du business en vendant par exemple des mises à jours et/ou en ayant une offre Particulière / Professionnelle. Il serait aussi possible d'explorer des concepts différents de gameplay.

Opensource, le point clé pour une transparence totale. Cela permet à chacun·e de vérifier qu'il n'y a aucune triche possible dans le code et pour d'autres de faire des outils pour s'entraîner dans le jeu en optimisant certaines actions dans un bac à sable et répéter des situations. Si rendre opensource le jeu n'est pas possible, alors, au minimum, la possibilité de le mod(ifier). Idée non fantasque car le code d'Unreal Engine (fortnite, PUBG) et d'Unreal Tournament sont disponnibles pour toutes et tous.

L'ajout d'une API autorisant l’extraction de données en direct ou après une partie devrait également être obligatoire, que cela soit pour les joueur·euses et les observateurices. Des personnes de talents peuvent faire bon nombres d'outils. Valve avec CSGO permettait par exemple d'avoir beaucoup d'informations sur l'avancée d'une partie et ainsi les afficher sur un serveur tiers. J'ai d'ailleurs bidouillé un raspberry PI pour qu'il émette des sons lorsque la bombe est plantée par les terroristes.

Longue Maintenance et autohébergement obligatoire. Nombre sont les jeux aujourd'hui ayant eu pour but d'être esportif et ayant disparu prématurément, je pense par exemple à Magicka : Wizard Wars, Paradox n'ayant pas réussi à trouver un équilibre dans son business model s'est vu devoir fermer les serveurs, laissant derrière les fans. La liste de ce genre de jeux est longue malheureusement et je ne vais donc citer que celui-ci. Pour les joueur·euses, il devrait être primordiale de pouvoir s'entraîner hors ligne et d'auto héberger des serveurs, qui pourquoi pas, serait approuver par un comité pour les prochaines compétitions. Tendances, faillites ou rachats ne devraient pas impacter sur les possibilités ou non de jouer à un jeu de manière compétitives.


Pour aller plus loin et étayer mes propos, quelques liens: